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Haïti : Sœur Isabel Sola Matas  



Sœur Isabel Sola Matas, 51 ans et originaire de Barcelone en Espagne, a été assassinée le 3 septembre 2016 en Haïti, alors qu’elle circulait sur une avenue de Bel Air, un bidonville sur une colline au centre de la capitale haïtienne Port-au-Prince. Elle a été abattue de deux balles dans la poitrine par deux individus sur un cyclomoteur, en plein jour, à un carrefour, dans ce qui était évidemment un vol qualifié. Haïti est l’un des pays les plus dangereux d’Amérique centrale. 

Sœur Isabel vivait dans le pays depuis 2008, au service des plus pauvres de la population, y compris des victimes du tremblement de terre dévastateur de 2010. Elle a participé à la fourniture d’aide alimentaire et à l’éducation. Elle était infirmière de formation et avait également mis en place un atelier de fabrication de membres artificiels pour les personnes mutilées à cause du tremblement de terre. Elle avait déjà écrit un testament personnel déclarant : « J’espère pouvoir continuer au moins à faire ce que j’ai toujours aimé faire, engager ma vie, aimer mon peuple, servir. » 

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Action de l'AED : Haïti a été dévasté par un tremblement de terre en 2010. Les bienfaiteurs de l’AED ont répondu avec une immense générosité, et depuis lors, l’organisme de bienfaisance a financé plus de 600 projets, y compris l’aide d’urgence, mais aussi soutenu la formation de séminaristes et aidé pour des projets simples et pratiques tels que l’énergie solaire pour les paroisses éloignées où le besoin est plus grand.

L’Église catholique d’Haïti lance un appel urgent à l’action politique


« C’est maintenant qu’ils doivent agir pour changer la vie en Haïti. Demain sera trop tard. » Tel est l’appel urgent lancé par la Conférence épiscopale d’Haïti dans une lettre ouverte [datée du 27 septembre] adressée aux dirigeants politiques. Les évêques leur reprochent l’aggravation de la crise économique du pays et l’intensification des manifestations de rue que cette crise a déclenchée. Dans la lettre, les responsables catholiques comparent la situation actuelle à « un état de guerre fratricide ».

Mgr Jean Désinord, évêque de Hinche, nous décrivait en octobre la détresse dans laquelle étaient les Haïtiens depuis plus d’un mois : « Personne ne peut sortir. Nous sommes enfermés dans nos maisons. Toutes les routes sont bloquées. Même en cas d’urgence, les ambulances ou les voitures de secours ne peuvent pas se déplacer. Nous n’avons pas de carburant. Les marchés ne fonctionnent pas. Les écoles ont été fermées dans tout le pays. La situation affecte toute la nation.» 

Le sort de la population du pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental est accablant. Parmi les défis auxquels Haïti a dû faire face, il y a la reconstruction du pays après le terrible tremblement de terre de 2010 et l’ouragan Matthew de 2016, ainsi qu’une épidémie de choléra et une économie stagnante, le tout dans un climat politique fortement polarisé. 


80 % de chômage

Le mandat du Président Jovenel Moïse est marqué par de nombreux troubles sociaux. L’une des raisons de ces troubles est l’extrême pauvreté et le manque d’offres d’emploi. Mgr Jean Désinord le confirme : « 80 % des gens sont au chômage. Et ce, dans un pays où 65 % de la population est jeune. L’extrême pauvreté enlève tout espoir aux gens. » 

D’autre part, le gouvernement et le président sont accusés de corruption. C’est pourquoi des centaines d’Haïtiens prennent part à des manifestations de rue de plus en plus violentes. Mgr Jean Désinord déclare : « Détruire le pays n’est pas une solution. C’est probablement une façon d’exprimer sa frustration, mais ce n’est pas la solution. Nous devons trouver le moyen de parler. » 


Le gouvernement responsable d’un pays à feu et à sang

Dans leur lettre ouverte, les évêques haïtiens appellent les responsables gouvernementaux à « assumer leurs responsabilités afin d’assurer le bon fonctionnement du pays et des institutions. » La lettre les déclare « moralement responsables de la sécurité et du bien-être de la population. Et en premier lieu, le Président de la République. Si le pays est à feu et à sang, c’est à cause de leur irresponsabilité. » 


« S’il vous plait, priez pour nous »

S’adressant aux bienfaiteurs de l’AED, Mgr Jean Désinord a déclaré : « Je tiens à remercier l’AED pour son soutien année après année. Vous avez été très généreux et nous savons que vous aimez notre pays. Maintenant, nous avons besoin de vos prières. S’il vous plaît, priez pour nous. Ce pays est en train de mourir. Nous savons que Dieu est avec nous, mais parfois nous nous sentons découragés. Nous avons besoin de vos prières. »   

Interview réalisée par l'AED en octobre 2019