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Burundi : Père Révocat Gahimbare  



Le 8 mars 2009, le père Révocat Gahimbare, curé de la ville de Karuzi, au Burundi, a été tué par quatre cambrioleurs, déguisés en policiers, qui avaient réussi à entrer dans le couvent des Sœurs « Bene Maria ». En apprenant l’attaque, le père Gahimbare s’était précipité à l’aide des religieuses, mais il a été pris en embuscade, dans la rue par les voleurs. Il a été touché par une balle et tué sur le coup. 

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Action de l'AED : De nombreuses congrégations et paroisses en Afrique et en Asie doivent renforcer les mesures de sécurité de base dans leurs locaux. Au Burundi, l’AED participe à un projet de construction d’une clôture autour du couvent des Sœurs Benebikira.

L’Église se positionne à quelques mois des présidentielles


En avril 2015, le président burundais Pierre Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005, annonçait sa candidature à un troisième mandat. Depuis, le pays traverse une grave crise politique. Les violences et la répression qui ont suivi auraient fait au moins 1200 morts et déplacé plus de 400 000 personnes entre avril 2015 et mai 2017, selon les estimations de la Cour pénale internationale.


L’Église critique sévèrement le pouvoir en place

À quelques mois de l’élection présidentielle, qui aura lieu en mai 2020, les relations sont tendues entre le parti présidentiel et l’Église catholique. Dans une lettre pastorale lue le 22 septembre dernier dans toutes les églises du pays, les évêques accusaient le sommet de l’État de confondre le parti au pouvoir avec l’administration. Ils dénonçaient également l’habitude prise par les jeunes du parti au pouvoir, les membres d’Imbonerakure, de se substituer à la police. Qualifiés de milices par l’ONU, ceux-ci sont en effet accusés d’être au cœur du système répressif burundais aux côtés de l’armée, de la police et du Service National de Renseignement (SNR). 

Dans son message pastoral, l’épiscopat du Burundi confiait, en outre, son inquiétude face à la volonté manifeste « d’étouffer et de violenter certains partis politiques et de persécuter leurs membres » et devant la recrudescence « des actes de criminalité qui vont même jusqu’aux meurtres fondés sur des mobiles politiques. » 

Du côté du parti présidentiel, les réactions n’ont pas tardé après la déclaration des évêques burundais. « Certains évêques devraient être défroqués car c’est devenu une habitude : à la veille des élections, ils doivent cracher leur venin de haine à travers des messages incendiaires », a tweeté Willy Nyamitwe, conseiller principal du président burundais en matière de communication.  


L’annonce d’un nouveau candidat

Depuis, le président a annoncé qu’il ne se présentera pas à l’élection présidentielle burundaise du 20 mai, comme il s’y était engagé. Le choix du parti présidentiel, le Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD), s’est porté sur son secrétaire général, le général Evariste Ndayishimiye. Catholique de 52 ans, celui-ci est perçu comme un homme plus ouvert que le président sortant. À la tête du CNDD-FDD, il a essayé de rétablir la confiance avec les partenaires du Burundi, adoptant un langage moins agressif vis-à-vis de l’occident, et faisant du développement et de la lutte contre la pauvreté ses priorités. 

Mais la nomination d’un successeur n’a pas changé la nature du régime en place. Pour l’heure, tout continue comme avant : la commission électorale est entre les mains du régime, la mission d’observation internationale n’est pas autorisée pendant l’élection, les exactions et les intimidations contre les opposants se poursuivent. Plus de 80 permanences du Congrès national pour la Liberté (CNL), parti d’opposition dirigé par Agathon Rwasa, ont été détruites ou dégradées. Plus de 200 militants ont été arrêtés depuis son agrément en février 2018, affirme l’opposition. Et il est toujours aussi difficile pour les journalistes de travailler dans le pays. 

« Ces condamnations font partie d’un schéma de répression par le gouvernement des personnes qui tentent de faire lumière sur des abus ou d’informer sur des sujets sensibles », analyse Human Rights Watch (HRW). « Elles s’inscrivent dans un contexte de répression accrue à l’encontre des personnes perçues comme étant des détracteurs du gouvernement, à l’approche des élections prévues à partir de mai. Poursuites judiciaires, menaces et actes d’intimidation ont contraint de nombreux activistes et journalistes à cesser de travailler sur les questions sensibles en matière politique ou des droits humains, ou à quitter le pays. » 


Un message d’espoir toujours d'actualité

« Malgré la crise, il se passe de très belles choses dont nous sommes témoins ; il y a dans notre pays de très beaux témoignages d’amour, de pardon, de réconciliation et même du souci du bien commun. C’est ce qui fait qu’on tienne encore aujourd’hui et qu’on se sente encouragé à travailler pour un avenir meilleur », expliquait déjà en 2017, à l’AED, Mgr Joachim Ntahondereye, évêque de Muyinga et Président de la Conférence Episcopale du Burundi. « Même si nous avons entre 80 et 90% de chrétiens, j’aime rappeler que le christianisme n’a jamais été et ne sera jamais une religion des masses, c’est une religion de témoins. C’est pourquoi nous cherchons à renforcer l’édification de petites communautés vivantes dont les membres sont bien conscients des exigences de leur foi et en témoignent effectivement au quotidien. C’est cette pastorale-là qui, nous le croyons, sauvera la foi dans notre pays. »  

Sources : AED (novembre 2017), AFP (septembre 2019), La Croix (février 2020)