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Tanzanie : Père Evarist Mushi  



Le père Evarist Mushi, âgé de 55 ans, a été assassiné le 17 février 2012, au matin. Il venait d’arriver à la cathédrale Saint-Joseph de Zanzibar (une île à majorité musulmane au large de la Tanzanie) pour y célébrer la messe. Il sortait de sa voiture quand deux individus à moto sont passés. Il a été abattu de trois balles à bout portant par le passager, avant même d’être hors de sa voiture. 

L’année 2012 a été très difficile pour les chrétiens de Zanzibar. Trois églises catholiques y ont été incendiées et plusieurs églises protestantes ont subi le même sort

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Action de l'AED : Malgré les tensions, notamment créées par des groupes extérieurs, il existe généralement une coexistence pacifique entre les différentes religions, en Tanzanie. Dans ce pays qui souffre de tant de pénuries matérielles, la foi grandit et beaucoup de séminaristes répondent à l’appel de Dieu. Actuellement, l’AED soutient la formation de 244 d’entre eux, issus de sept diocèses différents : 39 pour celui de Singida, 20 pour Dodoma, 52 pour Sumbawanga, 62 pour Mbulu, 4 pour Zanzibar, 3 pour Kondoa et 64 pour Kigoma.

Témoignage d’un confrère, le père Damas Mfoi


« C’était un dimanche matin à 7h15. Je disais la messe dans une petite église. Un voisin non-catholique est entré en courant ; il a crié : “Père Damas, j’ai quelque chose à vous dire !” Il m’a alors informé que le père Mushi était mort, victime d’une fusillade. Je me suis rendu dans les autres églises pour célébrer la messe ; maintenant que le père Mushi était mort, je devais accomplir seul la mission du Christ.

La nouvelle de la mort du père Mushi s’est répandue dans toute la communauté, mais ce n’était pas la fin. Après l’avoir enterré et lui avoir rendu un dernier hommage, un groupe de femmes est venu à mes portes en pleurant. Je leur ai dit : “Ne pleurez plus maintenant. Le père Mushi est aux cieux”. L’une d’elle a répondu : “Père, elle ne pleure pas sur le père Mushi. Elle pleure à cause de vous”. Les assaillants m’avaient en effet pris pour cible parce que j’avais construit trop d’églises.

Le lendemain matin, je me suis enfui sur le continent, et, un mois plus tard, je suis revenu. Je pensais en moi-même : “Nous ne pouvons pas abandonner notre mission. Jésus ne voudrait pas nous voir échouer. Il y a encore des chrétiens ici, pourquoi leurs chefs devraient-ils s’en aller ?” 

À mon retour, j’ai constaté que la police avait établi sur mon terrain un poste de surveillance et, au cours des deux années suivantes, les policiers ont patrouillé la zone en raison de la tension qui persistait. Le gouvernement a bien pris soin de nous mais nous savions surtout que Dieu nous protégeait. Quand on m’a offert un garde du corps, j’ai refusé. Je crois que l’œuvre de Jésus n’a pas besoin de mitrailleuse ; Il a promis à son peuple qu’Il serait avec nous jusqu’à la fin des temps. 

Il n’y a pas moyen de se remettre de ce qui s’est passé, et comme les assaillants sont peut-être encore actifs, nous ne sommes pas complètement en sécurité. Mais à travers tous ces problèmes, nous continuons notre travail de dialogue interreligieux. »  

Interview réalisée par l'AED en mars 2019