Le président Omar el-Béchir, réélu en 2015, devient de plus en plus répressif contre les groupes perçus comme anti-islamiques ou pro-occidentaux. En 2012, il avait annoncé vouloir une Constitution nationale « 100% islamique ». En 2015, la résolution semble devenir réalité.  

 

Depuis la partition du Soudan en 2011, la liberté religieuse suffoque. Aucune synagogue. Zéro permis de construire pour les églises. Selon le ministre des Orientations et des Dotations, « aucune Église n’est plus nécessaire au Soudan  ».  La  scission  du  pays  consomme  le  divorce  communautaire  entre  un  sud,  majoritairement  peuplé  de chrétiens ou d’animistes, et un nord, plus musulman. Les accusations d’apostasie contre musulmans et chrétiens s’amplifient. A l’instar de Meriam, 26 ans, enceinte de 8 mois, chrétienne condamnée à mort pour n’avoir pas embrassé la foi musulmane de son père et finalement libérée le 23 juin 2014, suite à la pression internationale. En 2005, la Constitution nationale intérimaire de l’époque proclamait pourtant la liberté religieuse et reconnaissait la diversité religieuse dans le pays (chapitre 1- art. 1, 6 ,38). Comment cela était-il compatible avec sa volonté d’élever la charia au rang de source principale de la législation.Signe probant d’une possible radicalisation du Soudan : en avril 2015, le pays rejoint la coalition arabe sunnite dirigée par l’Arabie saoudite contre les rebelles chiites du Yémen. Le 3 décembre dernier, il prend ses distances avec l’Iran chiite, dont il « condamne les ingérences croissantes dans les pays arabes. »

C’est dans ce contexte que survivent environ 1,8 million de chrétiens doublement accusés d’avoir encouragé la population  à  voter  l’indépendance  du  Sud-Soudan  et  de  soutenir  les  puissances  occidentales.  Certains  vivent dans la région des Monts Nuba, la zone montagneuse du Kordofan au Sud du pays, victimes avec le reste de la population « d’une pluie de bombes et d’obus lancés par les forces armées soudanaises depuis plusieurs années, entraînant une grave crise humanitaire », dénoncée par Amnesty International dans un dernier rapport du 4 août 2015.

Au Darfour, à l’ouest du Soudan, tribus nomades et populations sédentaires continuent de s’affronter depuis 2003, régulièrement arrosées par la répression de Khartoum. Bilan : 2,5 millions de déplacés internes et plus de 300 000 morts, selon l’Onu. Entre 50 000 et 190 000 personnes supplémentaires auraient fui les combats depuis début 2015. 

Grâce à vos dons, nous aidons le P. Aurélio à poursuivre son oeuvre de libération de jeunes esclaves au Soudan.

 



 LE TÉMOIN :

Père Antonio Aurélio Fernandez, prêtre trinitaire  (SOUDAN)

« Au Soudan, un garçon peut coûter 300 euros, une fillette, 250 », rapporte le père Antonio Aurélio Fernandez, président de  Solidarité Internationale Trinitaire  depuis 2015. Cet organisme, fondé en 1999 par les Pères Trinitaires, soutient les personnes persécutées dans le monde à cause de leur foi, notamment les enfants soudanais chrétiens vendus par des marchands d’esclaves islamiques. « Beaucoup présentent des marques aux poignets, car ils dorment assis, les bras attachés au tronc d’un arbre pour qu’ils ne s’enfuient pas. » 

C’est  le  charisme  des  Trinitaires,  vieux  de  plus  de  800  ans,  qui  suscite la  vocation  du  père  Aurélio.  Leur  dévouement  au  service  des  chrétiens prisonniers  des  musulmans,  «  sans  autre  armure  que  la  miséricorde  », convainc ce natif de Cordoue. Il revêt l’habit bardé de rouge et bleu à la fin de ses études d’ingénieur, en 1994, et devient prêtre l’année suivante. Depuis, l’ecclésiastique ne ménage pas sa peine.