Fuyant  les  lois  anti-blasphème,  les  attentats  islamistes,  les persécutions religieuses et la corruption, ce sont près de 30 000 Pakistanais, chrétiens comme musulmans, qui auraient déjà demandé l’asile. 

Sixième  pays  le  plus  peuplé  du  monde  avec  188  millions  d’habitants  et deuxième  pays  à  plus  forte  majorité musulmane après l’Indonésie, le Pakistan ne cesse d’osciller entre démocratie instable et dictatures militaires depuis son indépendance en 1947, faisant peu à peu le lit des islamistes. Dès la fin des années 1990, le pays affronte une insurrection talibane, auteure d’attentats les plus violents, notamment contre l’Église. Pour Mgr Joseph Coutts, président de la Conférence des évêques catholiques du Pakistan: « les Talibans ne reculeront plus devant rien. Nous avons ici affaire à des gens qui n’ont pas de conscience. » 

S’ajoutent au terrorisme la criminalité financière, la corruption, le trafic de stupéfiants et l’intolérance religieuse. Aujourd’hui, même si la Constitution garantit la pleine liberté de religion, les minorités ne sont pas traitées comme des citoyens égaux. L’islam est religion d’État et la charia, librement appliquée dans certains districts. Les chrétiens - 1,6% de la population - vivent comme des citoyens de seconde zone, pour la plupart dans des bidonvilles.  Cibles  de  nombreux  attentats,  ils  sont  aussi  victimes  de  conversions  forcées.  Chaque  année,  plus de mille jeunes filles (dont 2/3 de chrétiennes et 1/3 d’hindoues) sont enlevées, converties de force à l’islam et contraintes  d’épouser  un  musulman.  Mi-décembre  2015,  l’ADC  (l’Autorité  de  Développement  de  la  Capitale)  a déclaré devant la Cour Suprême que « les bidonvilles chrétiens d’Islamabad menacent la majorité musulmane »,en présentant une ordonnance de démolition.

 Autre danger pour la population, les lois dites « sur le blasphème » qui gangrènent la vie des Pakistanais, musulmans comme chrétiens, pouvant aller jusqu’à « justifier » la mort. La communauté internationale s’est emparée du cas emblématique d’Asia Bibi, mère de famille condamnée à mort en 2010, et toujours incarcérée depuis 2009. « Mais il y a aujourd’hui au Pakistan 130 autres Asia Bibi », dénonce le père Channan, Dominicain, directeur du Centre pour la Paix de Lahore. 

Au milieu de ce sombre tableau, Malala Yousafzai fait figure d’espoir. La Pakistanaise de 18 ans, blessée d’une balle dans la tête en 2012 par des Talibans, est désormais la plus jeune lauréate du prix Nobel de la Paix, icône mondiale de la lutte contre l’extrémisme. 

* UNHCR juillet 2015.
(© photo Carole Al Farah)

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 LE TÉMOIN :

Monseigneur Joseph Coutts, archevêque de Karachi (PAKISTAN)

« Le Premier Ministre [du Pakistan] a négligé la sécurité des églises », accuse Mgr Coutts en mars 2015, à la suite d’un attentat visant des chrétiens de Lahore. Mais  aussitôt  il  «  appelle  tous  les  chrétiens  à  exprimer  leur  protestation  de manière  pacifique,  sans  violence  qui,  elle,  ne  sert  à  rien  ». A  travers  cette double déclaration, une personnalité se dessine : à la fois ferme et pacifique. Ferme,  car  en  tant  que  Président  de  la  conférence  épiscopale  du  Pakistan depuis  2011,  l’archevêque  joue  un  rôle  clé  dans  la  lutte  pour  les  droits  des chrétiens  et  n’hésite  pas  à  dénoncer  les  manquements  gouvernementaux. 

Déjà  en  2010,  sa  campagne  internationale  contre  les  lois  anti-blasphème (peines  de  mort  pour  qui  est  accusé  de  profanation  du  Coran)  n’était  pas passée inaperçue, avec plus de 75 000 signatures rien que pour le Pakistan.