Un an et demi après la prise de Mossoul et de la plaine de Ninive par l’État islamique,  la  situation  des  réfugiés  reste  critique.  Les  communautés  qui  ne prêtent pas allégeance aux djihadistes sont menacées d’extinction et l’EI semble prendre racine, n’en déplaise aux puissances internationales.

 

 

Ils sont musulmans, yézidis ou chrétiens. L’été 2014, l’État Islamique les contraint à adopter ou à se convertir à un islam radical, à payer la taxe jizia, à être tués ou à fuir. Quasiment tous fuient. Un an et demi plus tard, on compte plus de 3 millions de déplacés internes*. 

L’État Islamique occupe désormais un tiers du territoire. Selon un rapport publié le 8 décembre 2015 par Soufan Group**, le nombre de combattants djihadistes présents en Syrie et en Irak a plus que doublé en un an et demi. Au total : entre 27 000 et 31 000 djihadistes étrangers, originaires de 86 pays, et des armes provenant de 25 pays, dixit Amnesty International. D’après les derniers chiffres de l’Onu publiés mi-juillet 2015, le conflit a causé la mort d’au moins 15 000 civils et blessé environ 30 000 autres. 

Mais derrière l’invasion de l’EI, c’est un pays ravagé par la guerre depuis des années qui peine à survivre. En témoigne la situation à Bagdad, victime quotidienne d’attaques entre sunnites et chiites, qui en fait l’une des villes les plus dangereuses du monde en 2015. « Rien qu’en octobre, il y a eu 128 attentats à la bombe à Bagdad », confirme un prêtre en charge des réfugiés de la ville. Cette violence, additionnée aux enlèvements, humiliations quotidiennes  et  à  la  corruption  a  accéléré  massivement  l’exode  des  chrétiens.  En  10  ans,  90%  ont  quitté l’Irak,  passant  de  1,5  million  en  2003  à  150  000  aujourd’hui.  «  Un  départ  irréversible  qui  appauvrit  la  société irakienne », déplore Mgr Sleiman, archevêque de Bagdad. « En perdant sa variété, elle se ferme sur elle-même et se radicalise. » Une nouvelle loi en discussion au parlement depuis octobre 2015 lui donne raison, car elle obligerait tout enfant chrétien, yézidi ou sabéen à se convertir à l’islam si l’un des parents se déclare musulman.

Une loi « qui endommage l’unité nationale, son pluralisme religieux et le principe de la coexistence », s’inquiète Mgr Sako, patriarche des Chaldéens.

Alors quel avenir pour les 33 millions d’habitants en Irak ? « Du temps de Saddam Hussein, on pouvait vivre mais on ne pouvait pas parler, maintenant on peut parler mais on ne peut pas vivre », résume un réfugié. 

 

* UNHCR (juin 2015).

** Institut spécialisé dans le renseignement, basé à New York.

Grâce à vos dons, nous aidons les derniers chrétiens d'Irak à survivre (écoles, nourriture, logement, chauffage, soutien moral, etc.)

 

 

 

LE TÉMOIN :
Sœur Lika Marooki, religieuse dominicaine réfugiée (IRAK)

« Vous avez une demi-heure pour rassembler vos affaires et partir ». L’injonction tombe à 23h, le 6 août 2014, à quelques kilomètres de Mossoul. Sœur Lika, qui habite Qaraqosh depuis l’âge de 10 ans, doit échapper à la menace de l’Etat Islamique comme 70 autres religieuses dans le village. Cinquième d’une fratrie de 7, elle pensait pourtant ne plus être obligée de fuir, après avoir quitté Bagdad en 1988. Aujourd’hui, sa famille survit dans un camp au Kurdistan irakien.